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28/04/2017

L'enfant des fleurs

 
Elle ferme les yeux
Elle a quitté le gris, le froid
Elle a quitté la misère, le poids qui plombe l’âme et la cantonne à l’ombre
Elle a quitté la rue, ses cris
Elle a oublié les affiches, les paroles adultes où tout est duel et peur
Elle a oublié ce monde où tout semble se résumer en deux forces opposées
Dans une autre vie, vendeuse d’allumettes
Dans cette vie, vendeuse de fleurs
La petite main des pavés qui propose ses fleurs
L’enfant pauvre, oubliée, vient de s’endormir
Le parfum des bouquets chatouille ses narines
Son cœur se réjouit
La petite princesse des fleurs
La démunie, la va sans rien
Danse sur le rire du rêve
Belle de cette liberté qu’offre le dénuement sans attente :
Savoir profiter de l’instant magique qui se donne à qui n’a rien
Dans son monde, sourde un rayon de lumière
Il traverse ses paupières
Et soudain les passants s’arrêtent
Là, sur les marches, un petit soleil vient de s’allumer
L’enfant
Sans défense
Leur montre le chemin
Le rire, nourriture essentielle de la vie, prend sa source dans l’abandon
Dans la confiance
La vie ne se résume pas à ce que l’on possède
On ne possède pas la vie, c’est elle qui nous possède
Certains amassent en un désir inextinguible
Piétinent, détruisent, manigancent, se goinfrent, affament et tuent
Ignorant qu’à ses richesses se lit la pauvreté du monde.
L’enfant des fleurs le sait
Un parfum, rien qu’un parfum
Et voilà qu’un sourire allume le feu de son cœur
Il s’embrase en un rire gigantesque
Et tout se métamorphose
Toi qui passes et qui la regarde
Ne sens-tu pas la nécessité de ce rire salvateur dont ton cœur a si faim ?
Que sont ces deux rides de désespérance qui barrent ton front ?
Ce sérieux qui te fige l’âme et te glace ?
La vie possède en elle tout ce qui te manque et pourtant vit en toi
L’enfant qui dort, le ventre creux, l’œil cerné de fatigue
Là, devant toi, le sait
Ce pourrait être toi
Toi, dans la pureté de l’Être
Toi, dans un élan d’amour.

©Adamante Donsimoni (sacem)




d’après une œuvre de Georgios Jakobides, la vendeuse de fleurs


5 commentaires:

  1. Dire que de nos jours il y en encore de ces petits travailleurs de la rue, de l'ombre pour qui rien ne change, merci Adamante, la pauvrette est dans son monde pour quelques heures, faute de mieux, jill

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    1. Des bébés aux grands mères livrés à la rue tandis que des profiteurs se gobergent sur la laine du monde. L'esclavage moderne avance masqué.
      Merci de tes visites ici, Jill, ce blog est vraiment confidentiel.

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  2. Sublime page, Adamante, pour un très beau tableau.
    Merci pour ce partage.
    Passe une douce soirée.

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    1. Merci Quichottine, quelle maîtrise et grande sensibilité dans ce tableau, comme il porte bien cette fragilité et la lumière.

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  3. Bonjour Adamante,

    Sous ce magnifique tableau, tes mots s'accordent à son rythme.
    Dans le sommeil la petite vendeuse oublit sa pauvreté. la petite vendeuse devient princesse dans une belle lumière d'été
    J'ai aimé ton texte Adamante

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