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23/03/2016

Lettre à toi qui as choisi de mourir en martyr


Toi qui porte ta souffrance jusqu’au martyr pour tenter de trouver la paix d’un paradis hypothétique, tu entraînes avec toi dans la mort l’ennemi que tu rends responsable de ton mal-être. Regarde autour de toi.
Cet ennemi, c’est moi, je suis aussi toutes les victimes passées ou à venir. Cet ennemi, le reconnais-tu ? C’est toi. Toi, l’affamé d’amour qui, aveuglé par la douleur, croit le conquérir en brandissant la haine.
Ta violence est un cri, j’en ressens toute la douleur, l’insondable désespoir. Ce cri est le ferment de la guerre, éternel déchirement des peuples. Égarement de qui n’a pas trouvé sa place.
L’enfance qui a mal dresse les poings, se jette dans la tourmente et s’éloigne inexorablement de cette paix qu’il recherche. Il s’enlise dans le désespoir.
De la guerre des boutons à la guerre en Syrie c’est le même manque qui alimente la violence, crée l’humiliation. La riposte virile participe du même principe, la crainte, souffrance qui naît de l’illusion de la séparation.
Et pourtant, à chaque instant, ma partie guerrière lutte pour ne pas crier à son tour et te pourfendre de son jugement. Je connais sa force, je sais son désespoir et son impuissance à changer les choses. C’est dangereux un tel désarroi. Alors, je l’accueille et la berce comme un enfant perdu. Je ne veux pas me perdre dans ce tourbillon de folie, te perdre et me perdre à jamais, en participant de ce mouvement infernal.
Voilà mon arme, chère désespérée partie de moi-même, réunifiée, apaisée en moi,   je peux m’ouvrir à toi pour te recevoir, te bercer, te murmurer des paroles d’espoir. Et mon corps, tout vibrant de tendresse, laisse couler ses larmes silencieuses pour endiguer la pression de cette force à nulle autre pareille, l’amour.
Toi, toi qui es moi entendras-tu cette vibration qui est nous ?


©Adamante 



Suite aux attentats en Belgique et partout ailleurs dans le monde.

11 commentaires:

  1. Quoi de plus ancré en nous qu'une croyance ?
    J'ai remarqué que lors des bilans des attentats, jamais on n'inclue parmi les morts le kamikase, ça me pose question et prolonge ma réflexion .....

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  2. On ne peut comprendre leurs motivations à ce point... des gens remplis de mal-être se suicident sans entraîner pour autant les autres... heureusement ! Ce mardi aura à jamais l'odeur tenace du sang versé, le vôtre mais pas que... La guerre des boutons un film qui a fait sourire mon enfance mais en adulte quand on le revoit... !! Merci Adamante...

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    1. Il ne s'agit pas de comprendre leurs motivations, rien ne peut justifier un tel acte, mais de tenter de voir quel ordre va sortir de ce chaos, savoir si l'on va soi-même participer de la loi du talion ou choisir d'accueillir parce que seul l'amour peut nous nourrir. C'est ainsi que j'ai vécu cet accueil qui s'est imposé de façon vibratoire au plus profond de mon être, un état d'être loin d'un état psychologique et des idées. Je ne sais mieux expliquer le processus, mais quelque chose en moi est définitivement changé.

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  3. Ta lettre est très belle Adamante. Que de sagesse et de mansuétude.
    Je me sens très primitive auprès de toi. Car, toute cette haine, je ne peux pas la comprendre et la bercer comme une enfant malade. Toutes ces morts innocentes sont intolérables. Ces actes sont au-delà de ma compréhension. Je ne ressens qu'une immense colère et douleur.Bien que ma famille et mes amis ne soient pas parmi les victimes belges ou françaises.

    Toute action entraine une réaction. Et cela n'a pas de fin.
    Sans doute que c'est toi qui a raison Adamante.J'aime ta lumière.

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  4. Un très joli texte plein d'amour et de tendresse, un texte de femme, de mère... Merci.
    Pour ma part, je n'éprouve aucune compassion pour celui qui as choisi de mourir en martyr... Seulement l'envie de hurler.

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  5. Je ne sais pas.
    Je suis assez d'accord avec jill.

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  6. Très beau texte de circonstance que j'ai partagé sur divers réseaux sociaux !

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  7. un beau texte Adamante, la part obscure de soi-même. Au procès du tortionnaire de ma petite nièce, j'ai du lutter avec elle pour que n'affleure pas un instant le reniement de cette victoire pour laquelle j'avais toujours milité : l'abolition de la peine de mort.
    Mais je ne suis pas sûre de pouvoir relier la guerre des boutons ou les bagarres du grand Meaulnes à ces folies meurtrières qui me font davantage penser aux lâches commandos des chemises noires ou brunes des années 1920.
    Et s'il a cru mourir comme tu le dis, était-ce un choix ? un embrigadement insidieux n'est pas un choix.

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  8. Merci Jeanne, je découvre pour ta petite nièce, vivre de tels évènements n'est pas facile.
    Quand je parle de la guerre des boutons et de la guerre en général, guerre lorsque l'enfant a grandi, je parle du principe fondamental, il est le même poussé dans un cas à son paroxysme. Quant à parler d'embrigadement, donc d'influence, ne sommes nous pas tous influencés dans nos croyances, nos traditions et nos comportements, depuis la plus tendre enfance ?
    Tenter de se rapprocher de l'autre, de comprendre, d'accueillir n'exclu pas d'être blessé par l'attitude d'un terroriste. Mais celui-là, qu'on le veuille ou non est partie de nous-même, un frère, égaré sans doute, avec qui il me semble préférable de tenter (pour soi déjà, pour se pacifier, pour ne pas participer du principe,) d'établir un pont et ramener un peu de lumière et d'amour dans ses ténèbres. Sans attendre d'ailleurs de résultat, sans rien attendre, simplement parce que l'on sait que l'amour, lui seul, est essentiel. Ce n'est pas évident à mettre en œuvre, mais c'est indispensable.
    J'ai beaucoup évolué sur ce chemin (éducation à la Corse) et face à mon impuissance j'ai découvert ces vertus de l'amour inconditionnel. Si "Dieu" est une mère, (je ne crois pas en un Dieu personnifié et qui nous domine) j'aime à penser qu'elle ne juge pas ses enfants, qu'elle les aime et que seul cet amour peut les aider lorsqu'ils s'égarent. Je pense que nous sommes chacun une goutte d'un immense océan créateur et que ce que l'Homme appelle Dieu, ne sera que lorsque chaque goutte se reconnaîtra de Lui. Nous en sommes loin.
    Merci de cet échange.

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  9. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  10. Que se passe-t-il en eux pour qu'ils développent une telle folie meurtrière, tu as de belle manière tenté de l'exprimer, merci pour cette magnifique page Adamante

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